Ecrivain public G. Bourriaud, un écrivain au service du public
Joyce Carol Oates
Vous aimez la littérature qui bouscule les idées reçues, des histoires subtiles, très bien écrites et agrémentées dune critique acide des comportements humains mais avec des personnages attachants ?
Dans ce cas vous aimerez ses livres!
Couverte de prix littéraires mérités, cette américaine de 68 ans dépeint les travers de la société américaine, sans concession et avec une grande finesse.
Tous les ados devraient lire « Nulle et grande gueule » chez Gallimard Jeunesse. Une belle histoire damour que lon pourrait qualifier de civique
Pour ma part, jai une tendresse particulière pour ses uvres de jeunesse « Le pays des merveilles », « Haute enfance » et « Amours profanes » mais ses livres qui mont le plus ému sont « Corky » et « Nous étions les Mulvaney ».
Pour ceux qui aiment les romans policiers, elle en écrit sous le pseudonyme de Rosamond Smith. Ils nont rien à envier aux meilleurs du genre
Nulle et grande gueule:
2 adolescents américains. La première est mal sa peau, navigue entre colère et désespoir ; sa force de caractère et sa hargne en sport lui apportent un respect distant des autres élèves. Le second est un modèle, délégué de classe, journaliste dans la feuille de chou du lycée
Ces surnoms se sont La Nulle qui les donne :
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Joyce Carol Oates a écrit: |
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Je voyais bien que mes professeurs ne savaient pas quoi penser de moi. Il y avait Ursula Riggs, qui était une excellente élève, une fille sérieuse s'intéressant à la biologie et à l'art, et il y avait la Nulle, qui jouait au basket comme un Comanche et qui tenait des propos sarcastiques. C'était la Nulle qui était prédisposée aux sautes d'humeurs lesquelles allaient du Noir d'Encre au Rouge Feu. Il pouvait m'arriver de quitter un cours en bâillant, ou de partir en plein milieu d'une interrogation écrite, d'empoigner mon sac à dos et de sortir. Mes notes se baladaient entre A+ et F. Dans un état d'esprit à peu près raisonnable, je savais que je courais le risque de rater mon test d'aptitude et de ne pas entrer dans une université d'un niveau acceptable à mes yeux mais, l'instant d'après, je haussais les épaules et éclatais de rire. Qui ça intéresse ? Pas la Nulle. |
Arrive une accusation dattentat à la bombe envers Grande Gueule et tous les masques sociaux vont exploser
Dans ce roman se combine une grande tendresse envers ses « héros » et une critique acerbe de la société américaine. Où comment rester serein au milieu de lhystérie collective
Ce roman, sans hasard, ressemble au besoin des adolescents ; de lespoir pour utiliser leurs forces et accepter leurs doutes
Nous étions les Mulvaney :
La famille américaine idéale : Religieuse mais pas trop, pleine de bonnes intentions envers leurs prochains, très bien intégrée socialement, le père dorigine modeste mais ayant réussi à force de travail à monter sa propre entreprise, 2 garçons (le premier très bon en sport, lautre surdoué) et une fille très belle
Et puis le grain de sable, lévénement qui va faire exploser cette famille idyllique. Une chute inéluctable dabord sociale puis morale et pour finir une désintégration totale !
Un très grand travail sur les personnages auquel on sattache et que lon ne peut plus lâcher. Le déroulement des faits est dune logique implacable sans que la responsabilité de lun ou de lautre soit déterminante, on ne peut que se sentir en empathie avec chacun des membres de la famille qui participe pourtant à la destruction de lensemble.
La fin, comme toujours ambiguë chez Oates, mais plutôt heureuse, nous montre la fragilité du « bonheur » humain. Rien dexceptionnel narrive dans ce roman, mais lui lest
exceptionnel !
Le pays des merveilles :
Comment survivre au massacre de sa famille par son père ? Comment survivre dans ce « pays des merveilles » quest lAmérique
Nous plongeons, à travers les personnages, dans ce territoire excessif, tantôt miséreux voire terrifiant, tantôt fastueux et offrant une façade attrayante.
Jesse, le survivant, explore, sinterroge et nous voyons sur nos pages sa psychologie disséquée au scalpel et le corps des Etats-Unis est étalé devant nos yeux ébahis.
Ne faites jamais confiance à ce que vous croyez détenir comme vérité
Blonde :
Blonde est un roman biographique sur la vie de Marilyn Monroe de sa naissance jusqu'à sa mort
Pendant près de 1000 pages nous sommes Marilyn car lauteur a pris comme postulat de se mettre dans la peau de celle-ci !
Les faits sont scrupuleusement respectés
sauf ceux quelle invente mais qui sont dune parfaite crédibilité, dailleurs sont-ils vraiment fabulés ? Puis lauteur imagine, et elle imagine très intelligemment, les cheminements psychologiques qui amènent Marilyn à tel ou tel comportement
Cette véritable descente aux enfers, nous la vivons, nous devenons fou ou plutôt folle
est-ce agréable ? Certes non
mais nous ne pouvons refuser cet enivrement
curiosité, compassion, colère nous en empêchent et nous lisons encore et encore ce « petit » chef duvre que nous finissons le temps dun souffle sur une robe blanche...
Philippe Claudel La petite fille de Monsieur Linh
Victor Hugo
Demain, dès laube
Bien sûr, il sagit de sa fille mais, pour le lecteur, ce fait na que peu dimportance. Seule lémotion reste.
Barbara Kingsolver Deux citations caractérisent Barbara Kingsolver : Un été prodigue : 3 superbes personnages de femmes qui donne en fait l'impression de lire trois histoires différentes, éloignées l'une de l'autre, qui finissent par se croiser et s'entrecroiser, pour finalement devenir une seule histoire: celle de la vie. Amitav Ghosh Cet écrivain est un conteur, la crème des conteurs
(quand il constate létat dans lequel se trouve son pays) et de féerie.
Beaucoup de tendresse dans ce livre, émouvant mais qui sait garder la distance qui caractérise les bons écrivains
Bien sûr, la maison de retraite luxueuse pour un réfugié dans laquelle, en plus, il peut continuer de soccuper de sa petite fille, sans parler de sa fuite victorieuse, est peu vraisemblable mais il y a dans ce roman, une très belle histoire damitié silencieuse qui se traduit par des gestes très purs, voire épurés
une main qui se pose sur une épaule et que le lecteur perçoit, pour ne pas dire sent, sur la sienne
2 banals paquets de cigarettes qui font pleurer celui qui les reçoit
un monsieur Bonjour qui dit bonjour pour dire au revoir
un banc où il ne fait pas froid sasseoir
En parallèle à cela, il y a les ricanements méprisants des uns et lindifférence de beaucoup à ce qui ne les frappent pas directement et puis il y a la petite fille qui ne parle pas ou le gros homme qui parle beaucoup à quelquun qui ne le comprend pas mais qui lécoute attentivement.
Un livre sur le déracinement, la solitude et le désespoir mais aussi sur la communication, lamitié
et lespoir ressuscité
Demain, dès laube, à lheure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu mattends.
Jirai par la forêt, jirai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées.
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni lor du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand jarriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Mon préféré dHugo, si fort, émouvant et vibrant démotions
ça commence comme une quête amoureuse, pleine dentrain et de passion puis la souffrance apparaît
peut être du fait de cette insupportable attente pense t-on ?
Il court vers sa promise, obnubilé par sa quête et cest alors que le couperet « tombe »
tout en douceur mais sans appel
"Laventure, cest ouvrir de nouvelles portes la bouche fermée et les yeux grands ouverts."
"Si tu nas jamais marché sur les pieds de quelquun, tu nes jamais allé te promener."
Voilà, ses romans nous ouvrent les yeux et marchent allégrement sur nos pieds de certitudes
Ces Livres sont des bijoux finement ciselés et nous parlent des dégâts du fanatisme (Les yeux dans les arbres), dun "road roman" entre une jeune femme qui n'a pas l'intention de finir ses jours dans le Kentucky, où les filles commencent à faire des bébés avant d'apprendre leurs tables de multiplication, et une petite fille indienne de 3 ans (« L'arbre aux haricots » suivit de « les cochons au paradis ») ou encore dun endroit où lon affirme que les montagnes respirent (Un été prodigue).
4 romans superbes, à déguster sans modération !
Une femme au foyer, qui à la suite du décès de son mari va se révéler une fermière aguerrie, une autre qui à force dattaques plus ou moins subtiles va faire tourner casaque à son puritain de voisin (le rêve féminin ?) et une troisième, garde forestière au fin fond des bois, qui retrouve le goût de lhomme
Maman, jen veux une comme ça pour mon noël, sniff
Les Yeux dans les arbres : Un pasteur baptiste américain Nathan Prico arrive en mission au Congo belge avec toute sa famille (sa femme et ses 4 filles
).
Face à larrogance et au fanatisme du père, chacune réagira à sa façon ; lune court le « nouveau monde » sans se méfier de ses dangers, lautre veut rester au lit, une autre encore va inventer une nouvelle langue
Comment partir loin de ce qui vous brise ? Voilà la question que pose ce livre
chacune des 5 femmes y répondra à sa manière.
Le pasteur, quant à lui, est sourd au chemin de lindépendance qui souvre devant lui et quil refuse à lui-même, aux autres et au pays quil « occupe ».
Limperfection de lhomme, la mort des idéaux, lacception que les âmes pures nexistent pas ; voilà de quoi parle ce roman foisonnant démotions comme la jungle de végétations
L'Arbre aux haricots : Missy est une jeune fille qui essaie déviter les pneus (elle a vu un de ses voisins projeté en lair par lexplosion dun pneu de tracteur) et les grossesses (très courantes chez les jeunes filles dans son « patelin »).
Un jour, elle achète une vieille voiture doccasion et « taille » la route sans se retourner
Désormais elle sappellera Taylor décide t-elle!
Sur la route, elle récolte des ennuis mécaniques, de la fatigue
et un bébé (une petite fille indienne) sans même avoir besoin de le faire !
La première chose que fait ce bébé est de saccrocher, littéralement parlant, à Taylor qui, de ce fait, lui donnera le prénom de Turtle
Par la suite, Taylor trouvera lamitié chez un marchand de pneus (son garage sappelle Seigneur Jésus) et se battra bec et ongles pour garder Turtle mais chut
il vous faudra lire le roman pour en savoir plus
Que vous apportera ce roman : de lémotion, des personnages plus attachants et loufoques les uns que les autres, de lhumour et même en prime, sans en avoir lair, une belle réflexion sur la vie et
si vous aimez il existe une suite (Les cochons au paradis) toute aussi prenante...
Anthropologue de métier et indien de nationalité, il nous emmène dans son univers imaginaire où lon voit linfluence de son métier : Les conséquences de limplantation des hommes dans un environnement et limbrication que ces derniers ont avec celui-ci, sa démarche denquêteur analytique
tout cela baignant dans un mélange damertume réaliste
Nous naviguons sans cesse entre analyse politique et fable flamboyante. La furie de sa plume nous entraîne vers des lieux inconnus ; curieux tel des enfants nous le suivons avec plaisir
Shûsaku Endô Un des plus grands romanciers de notre temps» a dit de lui Graham Greene.
Le pays des marées : Une cétologue américaine dorigine indienne (mais qui ne parle aucune des langues locales) vient étudier un dauphin particulier et nous la suivons dans son périple.
Un environnement dépaysant mais quand un crocodile monstrueux vous claque sa mâchoire à lendroit où se trouvait votre main quelques secondes plus tôt, vous redescendez sur terre rapidement, surtout quand un cyclone sannonce ou que lamour frappe à votre porte
Il y a deux autres personnages principaux dans ce roman, je vous laisse les découvrir, mais je peux vous dire que lon ne sennuie pas !
Mes 2 livres préférés : « Un Admirable idiot » et « La Fille que j'ai abandonnée » ; pour la finesse psychologique dont il fait preuve, de lart, du très grand art
Sinon, « En Sifflotant » donne une vision très précise des contradictions du japon actuel ; écrit il y a 20 ans et toujours dactualité !
Shûsaku Endô travaille toujours sur une histoire simple, sans événement extraordinaire, avec des personnages ordinaires, réagissant, avec leur logique, aux faits.
Et arrive un moment où certains personnages (les plus sûrs deux souvent) se retrouvent enfermés dans leurs contradictions et, mine de rien, Shûsaku Endô montre la sortie. Evidemment cela peut sembler trop simple et poussif mais vu limportance des hiérarchies sociales au Japon actuellement (à lépoque, cétait encore pire), la plupart des individus nont pas assimilés le message
et cest pas mieux dans nos sociétés occidentales où lune des premières questions que lon sentend poser est : « quel est votre métier »
Shûsaku Endô est mort en 1996.
Un Admirable idiot :
Un Français, Gaston Bonaparte, descendant très éloigné du connu, arrive au Japon en voyage détude ; il est « accueilli » par 2 jeunes Japonais qui le méprisent.
En effet, Gaston est ce que lon pourrait appeler un pot fêlé (sidentifie par là même au chien qui le suit et qui lui-même est hors normes et que Gaston dénomme Napoléon
), il va déverser ses émotions sur ces 2 japonais
qui finiront par fleurir ?
A lire absolument !
Avec Shûsaku Endô, il faut aller voir plus loin que le « doigt » et regarder ce quil nous montre
Le propos nest certainement pas de dire « cest pas bien dêtre méchant avec ses inférieurs » (ce qui serait un conte moraliste à la M6) mais de remettre en cause les hiérarchies sociales, instinctives chez tous les individus et plus particulièrement dans la culture japonaise.
Gaston nous est-il inférieur ?
Pas si sûr nous répond subtilement Shûsaku Endô
et il nous dit pourquoi !
Evidemment si on le suit, une question nous vient à lesprit : pourquoi le traitons nous comme tel ?
En clair, cet écrivain, si lon est sensible à son écriture, nous pousse à nous remettre en cause ; avec des histoires simples certes mais jamais simplistes
Et ça, cest la marque dun grand écrivain !
La Fille que j'ai abandonnée :
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Shûsaku Endô a écrit: |
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Sans même lui dire au revoir, ni lui faire un signe de la main, je montai dans le wagon. J'entendis sa voix crier quelque chose dans mon dos - "quand se revoit-on ?" - mais les portes se refermèrent avant qu'elle ait pu terminer sa phrase. Alors que le train s'ébranlait lentement, j'éprouvai une joie cruelle en me retournant vers la fenêtre : Mitsu, la bouche ouverte, incrédule, trottait le long du quai, une main à moitié levée en l'air... |
Pour en voir plus : Mon blog de poésie
Yoshioka a une aventure avec Mitsu, une aventure banale sans lendemain, quil sempresse doublier
puis insidieusement, au fil des années, Mitsu devient une obsession pour lui et il va consacrer son existence à la retrouver coûte que coûte
Histoire bouleversante, où comment les priorités données à lambition laissent un goût amer face à une autre forme de réussite, celle de sa vie
2 très beaux personnages que lon suit avidement dans leurs parcours !
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