Quelques contes pour vous donner un aperçu

L’employé récompensé

 

Paul Tarto recevait sa récompense après 2 ans d’efforts acharnés à la tête d’une des usines de boites de conserve Bongrain…il avait réussi à réduire le temps de fabrication de 5% par rapport à toutes les autres usines, il en était très fier mais gardait jalousement sa méthode.

Le travail, ça paie au bout du compte disait-il à tout bout de champ…avec une bonne formation bien sûr rajoutait-il depuis qu’il était « grand écolier »…

 

Juste avant de partir vers les sommets, il se dit que, pour faire bonne mesure, un surcroît de rentabilité ne pourrait que le servir, il réorganisa donc la maintenance…mit en retraite et préretraite les 10 ouvriers du service et embaucha 5 jeunes en contrats de formation et 5 ouvriers avec un peu d’expérience pour constituer des binômes efficaces et beaucoup moins chers.

Quelques mois après son départ, l’usine retrouvait une cadence de fabrication moyenne et son successeur, fébrile, épluchait jour après jour des monceaux de statistiques sans rien comprendre. La direction générale était très impressionnée.

 

Hébert Trancol, un des préretraités, se disait que décidément le mélange d’huile et de graisse qu’il avait concocté à l’usine et qui marchait si bien sur les machines d’usinage, fonctionnait tout aussi bien sur son tour à bois…il en était bien content.

 

 

 

La naissance du père noël

 

Un soir, une maman désespérée entra dans la chambre de son méchant petit garçon. Dehors régnait la tempête mais les éléments déchaînés ne semblaient avoir aucune prise sur elle, alors qu’ils terrifiaient le petit garçon…

La maman ouvrit le livre qu’elle avait apporté pour lire une histoire à ce petit garçon. Elle resta pensive un instant, le livre ouvert sur ses genoux, pendant que dehors gémissements, bruits violents et insolites se multipliaient, puis en le fermant elle dit : « Non, je vais te conter la naissance du père noël… »

 

Le petit garçon, intrigué, leva un œil car après tout il avait commandé un vélo à ce gros monsieur.

« Il était une fois le dur parcours d’une goutte de pluie » commença t-elle dans un soudain calme extérieur qui impressionna le petit garçon.

« Après avoir été brûlée par le soleil, elle monta au ciel et dut se frayer un chemin parmi les nuages surchargés de ses semblables. Elle le fit sans heurt et avec dignité en se calant dans le cocon douillet d’un cumulus qui passait par là.

Lorsqu’elle se décida à parcourir le monde, le froid régnant en maître à cette époque, elle se transforma en flocon de neige et virevolta, un temps, dans le ciel. »

 

A ce moment, le petit garçon vit qu’il neigeait dehors et, en suivant les petits points blancs dans le ciel, trouva cela très beau.

« Vivant son existence de flocon, il finit par atterrir sur le sol mais à un endroit spécial…bon, je te raconterais la suite demain… »

Là, le petit garçon était bien embêté…d’un côté, il ne pouvait décemment pas admettre qu’il voulait connaître la fin de l’histoire mais de l’autre, il voulait vraiment la connaître ! Il transigea donc et opta pour un : « Peuh, demain on n’aura pas le temps… »

La maman lui tourna le dos un instant, sourit, puis, en reprenant un visage sérieux, lui fit face et continua : « Une feuille égarée de l’automne, d’un rouge éclatant, reposait sur le sol et, comme par miracle, sans que l’on sache si c’était la feuille qui repoussait les flocons ou si c’était les flocons qui évitaient la feuille, cette dernière était vierge de neige. Quand notre flocon arriva, il fut clair pour tous les esprits environnants qu’un couple allait naître... et le premier témoin de cette naissance fut un renne qui paissait. »

« Et alors, et alors… » ne pu s’empêcher de crier, impatient, le petit garçon.

« Et alors, le flocon embrassa la feuille et dans un éclair lumineux un petit garçon, revêtu du blanc de son père et du rouge de sa mère, naquit dans une forêt près d’un renne. Quand il devint grand, il décida de donner un morceau de ce moment magique à tous les enfants du monde au moins une fois par an. »

 

Ce soir là le petit garçon devint garçon.

 

 

 

Un banc parmi les autres

 

Il était une fois, dans une forêt obscure, une jeune pousse émergeant, par chance, dans une clairière.

Des dizaines d’années plus tard, alors qu’elle était devenue grande, robuste, forte, en un mot arbre, des gens se sont présentés devant elle et se sont mis à l’entailler… « je ne plierais pas » dit l’arbre en les ignorant superbement. Il rompit avec grand fracas, emportant au passage une taupe sortant de son trou qui, sourde de naissance, n’entendit pas le cri bûcheronesque : « craquement !» 

 

 Après Arbre, la jeune pousse devint Banc, du moins la petite fille de la 6ème génération de la branche gauche. Les autres furent respectivement table, salle à manger, bureau, livres et, suprême déchéance, prospectus publicitaires.

Séparé de sa famille, le banc se sentit très seule (e car petite fille, je le rappelle) et elle tenta de se rapprocher des autres bancs de son voisinage…malheureusement, l’impossibilité de se déplacer ne favorisait pas les rencontres. Si je ne peux chercher mon amour, l’amour viendra à moi se dit-elle et elle fit tout pour l’attirer. Pendant un temps, il existait dans un certain parc, situé dans une certaine ville, un banc qui, mystérieusement, attirait irrésistiblement humains et animaux…tous y déposaient leurs marques, on y voyait des livres abandonnés et même des traces de dépit de pigeons, obligés de laisser la place. Ce banc rayonnait.

 

Un jour, un jeune homme s’y assit et le banc trembla…le jeune homme sursauta. Pensant rêver, il n’y fit plus attention mais ce tremblement (ainsi que le sursaut et, bizarrement, pas toujours dans le même ordre) fut là à chaque fois que les fesses du jeune homme touchaient, après plusieurs heures d’abstinences, le point gauche d’une latte du banc particulièrement sensible, familièrement appelée point G par cette dernière.

Des années s’écoulèrent et le jeune homme se trouva mille et une excuses pour ne pas déménager de sa ville, de son parc, de son banc…

 

Puis le banc s’écroula et le jeune homme devint vieux…un jour, sans rien dire à personne, il alla au parc, ramassa le banc, l’amena chez lui, alluma un feu dans sa cheminée et regarda le banc devenir cendres puis le vieil homme s’éteignit, tranquillement, dans la chaleur de son amour. La table vit alors, passant par la cheminée, deux jeunes fumées qui s’élevèrent dans le ciel, elle en devint bancale…

 

 

 

Le mort-vivant

 

- Un enterrement montre les individus tels qu’ils sont.

- Pourquoi tu dis cela, Emma ?

- Parce que cela symbolise notre précarité. Un être que nous avons connu a vécu, il s’est manifesté à notre regard. Il emmagasinait un nombre considérable d’émotions, d’expériences et de capacités et là, en une fraction de seconde, son âme a disparu, son passé s’est évaporé et son avenir n’existe plus pfffft…

- Ben, certains te diront que rien n’a disparu.

- Connerie.

- Tu sais, ce qui fait la valeur de la vie c’est aussi sa perte.

- Ah oui…et si je mourrais demain, tu tiendrais toujours le même discours.

 

L’homme blêmit et quitta son air pontifiant.

- Tu as eu des nouvelles de l’hôpital ?

- Je vois que tu as quelques difficultés à harmoniser idées et réalités, dit-elle en souriant.

Reprenant un air sérieux, elle ajouta que le problème n’était pas l’hôpital mais leur couple et méthodiquement elle se mit à détruire son amant, à frapper là où ça fait mal…de plus en plus fort. Son travail de sape fini, elle quitta la table et sans même un salut, partit.

 

Emma rentra chez elle et s’endormit douillettement, soulagée et sans l’ombre d’un regret.

Sur la table trônait un papier où, dans des termes harmonieux et soigneusement choisis, l’hôpital lui annonçait que son enterrement aurait lieu dans les 6 mois.

 

 

 

L’ennemi intime de l’homme (ou de la femme) moderne : Le PC

 

Tapi n’importe où dans nos habitations, il est impitoyable, sans peur mais pas sans reproche, il reste imperturbable à nos récriminations et à nos colères ; il trône !

Posé, majestueux, il respire le silence tant que le fil le reliant à son sang n’est pas branché, ceci fait le simple contact d’un doigt sur son bouton central le fait démarrer…alors, l’homme attend, dans un ronronnement stressant, que le contact se fasse…

 

Pour en voir plus : Mon blog de poésie

Commentaires (1)

1. petit secret zen 25/02/2009

j'aime beaucoup vos contes, j'aime votre univers, merci pour ce moment

petit secret zen de l'Aude

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